Éducation nationale : 58 suicides en 2018-2019 et 11 depuis la rentrée 2019 (MEN)

Le ministère de l’Éducation nationale a dévoilé des chiffres sur les suicides des personnels aux organisations professionnelles, lors du CHSCT du 6 novembre 2019. Lors de l’année scolaire 2018-2019, 58 agents (37 hommes et 21 femmes) se sont suicidés, dont 29 enseignants du second degré et 13 professeurs des écoles. Il y a eu en outre 21 tentatives de suicide. Depuis la rentrée 2019, il y a eu 11 suicides (5 hommes, 6 femmes) et 10 tentatives (uniquement des femmes). Par ailleurs, selon une enquête du Snes, 73 % des personnels du 2nd degré ont vu leur santé se dégrader à cause du travail.

Annoncé le 3 octobre 2019, jour de l’hommage rendu par la communauté éducative à Christine Renon, la directrice de l’école de Pantin qui s’est suicidée le 21 septembre, le CHSCT du ministère de l’Éducation nationale sur la prévention des suicides s’est tenu jeudi 6 novembre.

LES SYNDICATS VEULENT « UNE RÉELLE AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL »

Des représentants syndicaux et des membres de la DGRH du ministère de l’Éducation nationale se sont ainsi réunis pour évoquer notamment les conditions de travail des personnels. Avant cette réunion, plusieurs organisations syndicales (FSUUnsa-Éducation, Sgen-CFDTFerc-CGT, Sud-Éducation) se sont rassemblées devant la DGRH pour revendiquer notamment, expliquent-elles dans un communiqué, « une réelle amélioration des conditions de travail » des personnels, une « meilleure reconnaissance de leurs professionnalités » ou encore des « mesures pour garantir la santé, la sécurité et le bien-être au travail ».

Lors de ce CHSCT, le ministère a ainsi dévoilé plusieurs chiffres sur les suicides des personnels de l’Éducation nationale que les organisations professionnelles réclamaient, demandant davantage de transparence sur le sujet.

11 SUICIDES DEPUIS SEPTEMBRE

Ainsi, selon des syndicats contactés par AEF info, lors de l’année scolaire 2018-2019, il y a eu 58 suicides (37 hommes et 21 femmes) chez les personnels de l’Éducation nationale. Parmi ces 58 agents, 29 étaient des enseignants du second degré, 13 des professeurs des écoles, 5 personnels administratifs, 2 personnels de direction, 2 AED, 2 AESH, 2 CPE et 3 « autres » (médecin scolaire, psychologue, documentaliste). 12 étaient des non-titulaires. Le taux de suicide est alors, globalement, de 5,85 pour 100 000 agents. Il y a également eu 21 tentatives de suicides cette année-là.

En outre, depuis la rentrée 2019, ce sont 11 agents (5 hommes, 6 femmes) qui se sont suicidés, auxquels s’ajoutent 10 personnes qui ont fait une tentative de suicide, des femmes uniquement.

Les tranches d’âges les plus exposées au suicide sont 45/54 ans puis 55/64 ans.

Selon Santé publique France, il y a environ 9 000 suicides par an en France.

73 % DES PERSONNELS DU 2ND DEGRÉ ONT VU LEUR SANTÉ SE DÉGRADER À CAUSE DU TRAVAIL (ENQUÊTE SNES)

Une enquête du Snes-FSU, à laquelle plus de 8 600 personnes (personnel éducatif du second degré) ont répondu entre le 28 septembre et le 31 octobre, dévoile plusieurs données sur les conditions de travail des personnels du second degré :

  • 73 % des répondants ont constaté, depuis 2018-2019, « une dégradation de la santé attribuée au travail ». 66 % ont augmenté leur temps de travail.
  • 54 % ont le sentiment de ne pas avoir pu accomplir toutes les tâches qu’ils avaient prévues après une journée de travail.
  • 82 % ont le sentiment de « perdre la main sur mon métier du fait de l’accumulation des injonctions ».
  • 75 % ont le sentiment d’être débordés plusieurs fois par semaine ».
  • 94 % estiment ne pas avoir la reconnaissance financière.

Le syndicat majoritaire explique que « dans le second degré, l’accroissement des effectifs, les suppressions de postes, la mise en place des réformes successives du collège puis du lycée ont accru les phénomènes de souffrance au travail, le sentiment de ‘mal faire’ alors même que l’attachement à la réussite de tous les élèves constitue le fondement des métiers ».

CHSCT et suicides : le ministère annonce le recrutement de médecins du travail

Le ministère de l’Education nationale va lancer « une campagne nationale de recrutement des médecins de prévention » avant la fin de l’année civile, annonce-t-il dans un communiqué à l’issue de la réunion du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) réuni ce 6 novembre, « sur le bilan et les mesures de prévention des actes de suicide parmi les personnels de l’Éducation nationale ».

En ce qui concerne le bilan, le ministère en compte, pour l’année scolaire passée, 58 suicides pour 992 600 agents (hors enseignement privé sous contrat), soit une proportion de près de 6 pour 100 000 contre 16,7 pour l’ensemble de la population française. Depuis le début de l’année scolaire, 11 agents ont mis fin à leurs jours.

Le ministère annonce, outre le recrutement de médecins, qu’un « groupe de travail sera réuni avant la fin de l’année civile afin de travailler sur la prévention de l’alerte suicidaire et sur une offre de formation à destination des acteurs de la prévention et des encadrants, avec l’appui de l’Autonome de solidarité laïque (ASL) » et qu’un « séminaire sur la prévention des risques psycho-sociaux sera organisé pour les cadres académiques du 9 au 11 décembre ».

Revalorisation des enseignants : les syndicats déplorent qu’il n’y ait « aucune annonce » après une réunion au ministère

Les salaires des enseignants faisaient l’objet d’une réunion au ministère de l’Éducation nationale, avec les organisations syndicales, ce jeudi 7 novembre 2019. Résultat : « On n’a rien appris », déplore Frédérique Rolet, du Snes-FSU. « Aucune annonce concrète n’a été faite », assure le Snalc dans un communiqué. « La réunion n’a pas répondu aux exigences de gestes concrets et tangibles sur la volonté de revaloriser les enseignants », estime Stéphane Crochet, du SE-Unsa. Le ministre devrait toutefois adresser une lettre aux enseignants sur ce sujet.

Selon les syndicats, en effet, un engagement aurait néanmoins été pris : celui de l’envoi d’une lettre officielle du ministre aux enseignants dans laquelle Jean-Michel Blanquer s’engagerait à une revalorisation des enseignants dans le cadre de la réforme des retraites. « Il s’agit de garantir un niveau de pensions équivalent pour les enseignants aux corps comparables de la fonction publique, explique Stéphane Crochet. C’est un engagement sérieux mais pas suffisant ». Les syndicats craignent en outre que la revalorisation soit reliée à une évolution des missions des enseignants.

Jean-Michel Blanquer et Édouard Philippe ont déjà à plusieurs reprises annoncé que la réforme des retraites serait l’occasion d’une revalorisation des enseignants.

Une prochaine réunion sur le sujet est prévue le 3 décembre. « Ils font traîner les choses car il n’y a aucun arbitrage budgétaire de fait », estime Frédérique Rolet, rejointe par Stéphane Crochet : « Les discussions sont à l’arrêt sur la réforme des retraites, et donc les choses n’avancent pas non plus sur la revalorisation ».

Le SE-Unsa réservait sa participation à la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites au contenu de cette réunion du 7 novembre. Une décision sera alors prise le 12. Le Snalc, qui tenait la même position, a quant à lui d’ores et déjà annoncé sa participation à la grève du 5 décembre.

La réunion du 7 novembre a été surtout occupée par une présentation d’un état des lieux de la rémunération des enseignants par le MEN.

Refuser la misère, la FSU toujours engagée !

Dans le cadre du 30e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, le thème retenu par l’ONU pour célébrer ce 17 Octobre, journée mondiale de lutte contre la pauvreté, est « Agir ensemble pour donner aux enfants, à leurs familles et à la société les moyens de mettre fin à la pauvreté. »

En France, 3 millions d’enfants vivent dans une famille dont les revenus se situent sous le seuil de pauvreté. Cette situation de pauvreté a forcément des conséquences dans tous les domaines de la vie de ces enfants. Des conditions de vie dégradées qui compromettent leur avenir.

Cette situation est intolérable d’autant plus dans la 7ème puissance mondiale !
Le gouvernement doit s’engager à faire de la lutte contre la pauvreté une priorité.

Cela suppose des mesures dans tous les domaines : Education, Santé, logement, transport, culture… Cette préoccupation doit être intégrée dans toutes les politiques publiques.

Les Lilas, 17 octobre 2019.

Revaloriser les salaires dans la Fonction publique : une urgence !

La FSU appelle le gouvernement à décider maintenant d’une revalorisation salariale pour toutes et tous les agent·es de la Fonction publique.

Les petites mesures annoncées par le Ministre de l’action et des comptes publiques aujourd’hui ne concernent que quelques agent·es et ne répondent pas à la légitime demande de rattrapage de leur pouvoir d’achat.

Hausse de l’inflation, aggravation des conditions de travail, inégalités entre les femmes et les hommes… mais gel de la valeur du point d’indice, absence de mesures générales de revalorisation salariale… L’Etat employeur est loin d’être exemplaire ! Il ne reconnaît pas le travail, les qualifications et l’engagement quotidien des agent·es. Cette faiblesse du niveau des salaires ne favorise pas non plus l’attractivité pour les métiers de la Fonction publique.

Par ailleurs, à un moment où le gouvernement propose une réforme des retraites, la question des salaires est centrale.

C’est pourquoi la FSU exige le dégel de la valeur du point d’indice et l’ouverture de négociations pour obtenir une amélioration du niveau des salaires et des déroulements de carrière.

Les Lilas, 5 novembre 2019